Histoire du vin

Zoom sur le Clos Sainte-Hune

Zoom sur le Clos Sainte-Hune

On parle beaucoup des grands rouges de garde, moins des blancs qui tiennent trente ans en cave. Le Clos Sainte-Hune fait partie de ces blancs-là, et c'est l'un des rares vins d'Alsace dont on dit, sans trembler, qu'il pourrait être le plus grand riesling sec du monde. L'affirmation est lourde. Voyons ce qu'il y a derrière.

Un mouchoir de poche au cœur du Rosacker

Commençons par le plus concret : la taille. Le clos est petit, vraiment petit. La parcelle s'étend sur 1,67 hectare, plantée exclusivement en riesling, au cœur du Grand Cru Rosacker, sur le ban de Hunawihr. L'équivalent de deux terrains de football, pas davantage.

Le sol raconte une vieille histoire. On est sur un calcaire coquillier, le fameux Muschelkalk, un terroir argilo-calcaire pierreux né de fossiles marins. Ce sous-sol donne au riesling une belle concentration de fruit et cette pointe minérale en fin de bouche qui signe le clos après quelques années de garde. Les vignes sont âgées : soixante ans en moyenne au bas mot, les plus vieilles plantées il y a plus de quatre-vingts ans, à une date que même Bernard Trimbach, né en 1932, ne connaît pas.

Un détail qui m'amuse toujours : l'étiquette montre l'église fortifiée de Hunawihr, mais le vin ne naît pas sur ses pentes. Il vient des vignes du Rosacker. L'image est belle, la géographie un peu arrangée.

rangées de vieilles vignes de riesling sur un coteau calcaire, village alsacien et église fortifiée au loin

Une famille, deux siècles, un refus

Le clos appartient à la famille Trimbach depuis plus de deux cents ans. La première étiquette retrouvée sur le domaine, identique à celle d'aujourd'hui, date de 1919 : le millésime 2019 a donc fêté son centenaire. Belle continuité pour une maison qui, elle, remonte à 1626.

Là où l'affaire devient intéressante, c'est dans un choix de principe. La parcelle se trouve en plein Grand Cru Rosacker, et pourtant Trimbach n'a jamais inscrit la mention Grand Cru sur l'étiquette. À leurs yeux, le nom Clos Sainte-Hune pèse plus lourd que n'importe quelle classification officielle. C'est rare, et ça en dit long sur la façon dont ils voient leur vin.

La vinification va dans le même sens. Pas de bois : fermentation en cuves inox à température contrôlée, mise en bouteille précoce pour garder la fraîcheur, puis repos d'environ cinq ans en cave avant la vente. Aucun maquillage. Le fruit, le terroir, l'acidité.

D'où vient ce nom ?

Le nom vient d'une légende qui vaut le détour. Une année de disette, Huna, l'épouse de Hunon, aurait changé en vin l'eau de la fontaine du village. On la connaissait pour sa bonté : elle lavait le linge des pauvres et soignait les malades, ce qui lui valut le surnom de « sainte lavandière ». Un vitrail de l'église de Hunawihr lui est dédié, et c'est cette image qu'on retrouve sur la bouteille.

J'aime cette origine parce qu'elle ancre le vin dans un lieu, pas dans un argument marketing. Le clos porte le nom d'une sainte locale.

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Le Clos Sainte-Hune exige de la patience

Voici le point que beaucoup découvrent à leurs dépens : ouvrir une bouteille trop jeune, c'est passer à côté. Là où bien des rieslings alsaciens séduisent tout de suite par leur éclat de jeunesse, celui-ci joue sur la durée. Austère dans ses premières années, souvent fermé, il demande parfois des décennies pour se livrer.

Les négociants sérieux le disent sans détour : ce vin n'atteint son apogée que sept à dix ans après la mise en bouteille, et souvent bien plus tard. Jeune, il est sec, taillé, presque sévère. Avec le temps, la minéralité ciselée se mue en profondeur miellée, avec ces notes d'hydrocarbure (le fameux « pétrole » du riesling mûr) et une finale saline qui rappelle le calcaire d'origine. Si tu en as une bouteille, range-la et oublie-la. C'est le meilleur service à lui rendre.

En bouche, ne te fie pas à son allure de blanc léger. Les derniers millésimes titrent autour de 14 % d'alcool, mais l'acidité est si vive qu'on ne les sent pas peser. Tout l'art de l'équilibre alsacien tient là : une puissance tenue en laisse par la fraîcheur. Si tu veux apprendre à repérer cette tension dans un verre, c'est le genre de repère qu'on travaille dans notre chapitre dédié aux vins blancs.

Rare, cher, et pourquoi

La rareté n'est pas un argument de vente, c'est une réalité arithmétique. La production tourne autour de 7 000 à 9 000 bouteilles par an selon le millésime, ce qui reste minuscule à l'échelle mondiale. Une demande planétaire face à un volume aussi faible, et les prix montent mécaniquement.

Concrètement, prépare une addition salée. Le prix moyen hors taxes se situe autour de 278 € la bouteille, et sur le marché international les millésimes récents tournent plutôt entre 300 et 500 dollars. Les très vieux millésimes, ou les rarissimes versions en vendanges tardives (seulement deux ont existé, en 1983 et 1989), s'envolent bien au-delà.

Est-ce que ça vaut le coup ? Ce n'est pas à moi de vider ton portefeuille. Ce que je peux dire, c'est que goûter un Clos Sainte-Hune à maturité, c'est comprendre d'un coup pourquoi on range le riesling parmi les plus grands cépages blancs. Avant d'en arriver là, autant se faire la main sur des rieslings d'Alsace plus accessibles, nombreux et honnêtes. Nos cours d'œnologie sont bâtis pour ça : apprendre à déguster sur des bouteilles de tous les jours, pour mieux apprécier les sommets quand l'occasion se présente.

Un dernier mot sur la vigne. Depuis 2008, la parcelle est conduite en viticulture biologique, après des années de lutte raisonnée, sans pesticide ni insecticide. Pour un vin qui se construit sur la pureté du terroir, la cohérence est totale. Le reste, il faut le laisser au temps, qui est le seul vrai sommelier de ce vin-là.

Sources

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