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Vins de Savoie : le vignoble des Alpes

Vins de Savoie : le vignoble des Alpes

On associe souvent la Savoie au ski et à un verre de blanc frais posé à côté de la fondue, sans y regarder de plus près. C'est dommage, car les vins de Savoie forment l'un des ensembles les plus singuliers de France : des cépages qu'on ne cultive quasiment nulle part ailleurs, sur des coteaux perchés entre lacs et sommets. La première fois que j'ai fait goûter une altesse à l'aveugle en cours, personne n'a trouvé. Normal : on n'a aucun repère pour ça.

Un vignoble d'altitude, éclaté en îlots

Commençons par l'échelle. Le vignoble savoyard couvrait 2 108 hectares déclarés en production en 2024, soit 0,2 % du vignoble français. Une goutte d'eau à côté de Bordeaux ou du Rhône. Cette petite taille explique pourquoi on en trouve si peu ailleurs : presque tout se boit sur place.

Ce qui frappe, c'est la géographie. La Savoie viticole n'est pas d'un seul tenant, mais faite d'îlots retenus pour la qualité du sol et surtout de l'ensoleillement. On part du lac Léman au nord, on redescend le long du Rhône, on longe les rives du lac du Bourget, on remonte la Combe de Savoie. Les vignes s'accrochent aux coteaux entre 250 et 500 mètres, sur des éboulis calcaires et des moraines glaciaires. Ces cailloux et cette fraîcheur nocturne, on les retrouve dans le verre.

Côté organisation, trois appellations d'origine contrôlée structurent tout le reste : une régionale, "Vin de Savoie" (ou "Savoie"), ouverte à tous les types de vins ; une autre régionale, "Roussette de Savoie", réservée aux blancs d'altesse ; et une communale, "Seyssel", pour les blancs secs et mousseux. L'appellation Vin de Savoie peut en plus préciser un lieu-dit : seize dénominations géographiques peuvent adjoindre leur nom à l'AOC. D'où ces mentions un peu mystérieuses sur les étiquettes, Apremont, Chignin, Arbin.

coteaux de vignes en terrasses au pied d'un massif alpin enneigé, lumière de fin d'après-midi

La jacquère, reine des blancs

Si tu as déjà bu un blanc de Savoie, il y a de fortes chances que c'était de la jacquère. Elle règne en maître, avec plus de 50 % des surfaces plantées. C'est le cépage des blancs qu'on ouvre sans réfléchir : vifs, minéraux, sur des notes d'agrumes et de fleurs blanches, à boire dans leur jeunesse.

Ce que j'aime avec la jacquère, c'est qu'elle ne cherche pas à impressionner. Droite, légère, un peu saline. Sur une raclette ou une tartiflette, elle fait exactement le travail attendu : couper le gras et rafraîchir. Ses deux crus les plus connus, Apremont et Abymes, viennent de la cluse de Chambéry, sur les éboulis laissés par l'effondrement du mont Granier au Moyen Âge. Le nom d'Abymes garde la trace de cette catastrophe. J'aime cette idée d'un vin frais né sur les ruines d'une montagne écroulée.

Si ce type de blanc vif te parle et que tu veux apprendre à distinguer une jacquère nerveuse d'un blanc plus rond, c'est exactement le terrain de jeu du chapitre consacré aux vins blancs.

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L'altesse et le gringet, les blancs qui montent en gamme

Au-dessus de la jacquère vient l'altesse, aussi appelée roussette. Elle représente environ 10 % du vignoble et signe les blancs les plus racés de la région. Un tout autre registre. Là où la jacquère joue la fraîcheur immédiate, l'altesse a de la matière, une vraie tenue, et surtout elle vieillit. Sa palette évolue avec l'âge : bergamote, ananas et coing dans la jeunesse, puis des notes miellées et légèrement grillées après quelques années de garde.

Et puis il y a une curiosité que je recommande à qui veut sortir des sentiers battus : le gringet. Confidentiel, cultivé presque uniquement autour d'Ayze, en Haute-Savoie, il donne des blancs tranquilles ou effervescents à la fraîcheur cristalline, sur les fleurs blanches et la pierre à fusil. On en produit très peu. C'est le genre de bouteille qu'on ramène d'un week-end et qu'on n'oublie plus.

Cette diversité n'a rien d'un hasard. La Savoie compte 23 cépages autorisés, dont plusieurs lui sont propres. Quand d'autres régions ont tout misé sur deux ou trois variétés phares, elle a préservé un patrimoine ampélographique rare, et c'est là toute sa richesse.

La mondeuse, le grand rouge alpin

On oublie souvent que la Savoie fait aussi du rouge, et pas n'importe lequel. Cépage noir historique du massif, la mondeuse est cultivée dans les Alpes françaises depuis l'Antiquité et reste le grand rouge de garde du vignoble savoyard. C'est mon coup de cœur régional, et de loin.

Robe profonde, arômes de fruits noirs, de poivre et de violette, tannins vifs, fraîcheur montagnarde. Ce poivre et cette tension, goûtés à l'aveugle, peuvent évoquer une syrah du nord du Rhône, en plus alpin, en plus tendu. La mondeuse donne le meilleur d'elle-même dans la Combe de Savoie, au sommet sur les coteaux d'Arbin, Chignin, Cruet et Saint-Jean-de-la-Porte.

Longtemps, elle a servi à produire du rouge de soif en quantité, avant de presque disparaître avec le phylloxéra et l'exode rural. Ce qui l'a sauvée, c'est une poignée de vignerons obstinés. Depuis les années 2000, elle connaît un vrai renouveau, porté par des vignerons bio et biodynamiques qui ont révélé son potentiel de garde. Une jeune mondeuse peut sembler rêche, presque austère. Laisse-lui quelques années, ou carafe-la : elle s'ouvre et gagne en velouté.

grappes de raisin noir mondeuse sur pied de vigne, feuillage d'automne, montagnes floues en arrière-plan

Bien aborder les vins de Savoie à table

Bonne nouvelle : ces vins sont faits pour manger. La cuisine locale les a façonnés. Un blanc de jacquère bien froid sur les fromages fondus, c'est presque une évidence, et ça fonctionne. La mondeuse, je la vois plutôt sur du solide. Dans sa version de garde, structurée, elle accompagne le gibier à poil, l'agneau aux herbes ou un fromage affiné. Plus légère et fruitée, elle se débrouille très bien avec les charcuteries et les diots savoyards.

Mon conseil, si tu pars explorer la région : ne t'arrête pas au premier blanc de comptoir. Demande une roussette, un chignin-bergeron, une mondeuse d'Arbin. C'est là que le vignoble raconte vraiment quelque chose. Et pour affûter ce que tu perçois dans le verre, la logique de la dégustation reste la même partout, que le vin vienne des Alpes ou d'ailleurs : c'est tout l'objet de nos cours d'œnologie, pensés pour donner des repères solides sans une once de jargon. La Savoie, ensuite, devient un terrain de jeu.

Sources

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